
Le 4 juillet dernier, l’archiduc Otto de Habsbourg s’est éteint à l’âge de 98 ans. Héritier des empereurs d’Autriche et de Hongrie, « Doktor Habsburg », comme il se faisait appeler par élégance démocratique, possédait « l’un des noms les plus prestigieux de notre continent », comme le rappela un jour le ministre belge Leo Tindemans.
Sa « vocation », Otto la trouve dans l’engagement politique. « La vie de prince ? affirmera-t-il plus tard, je ne sais pas ce que c’est ! ». Naturalisé allemand en 1978, il est élu l’année suivante sur la liste CSU (parti social-chrétien bavarois) au parlement européen et ce durant quatre législatures, ne manquant jamais une séance, pour défendre sans relâche son projet d’une Europe impériale, décentralisée, chrétienne et anti-communiste.
« Je suis pour une Europe des nations, qui respecte la langue, les particularismes de chacun au lieu de les étouffer par la bureaucratie, mais en les reliant à un tronc commun. » Une Europe, dira-t-il, enracinée dans son passé chrétien : « Notre continent est celui de la culture, celui de l’Esprit. Nos villes ne sont pas dominées par des banques ou des prisons, mais par des cathédrales. »
Maîtrisant plusieurs langues, l’archiduc aura toujours une prédilection pour le français, dont il aurait voulu faire la langue officielle de l’Europe.
Condamné par contumace par Hitler à son accession au pouvoir, pour avoir refusé de le rencontrer, il n’aura de cesse jusqu’au soir de sa vie, de « faire triompher la liberté contre le collectivisme, décoloniser les pays d’Europe centrale qui sont victimes des accords de Yalta. » « La couleur du marxisme, précisait-il, ce n’est pas le rouge, c’est le gris des cadavres. »
« Son plus grand bonheur » se réalisera à la disparition des systèmes communistes en Hongrie et dans les autres pays d’Europe, la Mittel Europa de ses ancêtres. Il soutiendra encore dans le conflit yougoslave les Croates et Bosniaques, anciens sujets de l’Empire, contre la Serbie de Milosevitch.
Son engagement politique, Otto le fondait sur une foi chrétienne indéracinable. Son souci politique possédait avant tout, une dimension spirituelle.
« Vous savez, le bon Dieu ne nous demande pas de lui ramener des victoires. Il nous demande simplement que nous fassions de notre mieux. C’est lui qui donne les victoires. Avoir cette foi, c’est la force et le calme intérieur d’une vie entière. »
Otto de Habsbourg-Lorraine avait épousé feu la princesse Régina de Saxe-Meiningen.
Son neveu, l’archiduc Lorenz d’Autriche Este, fils de l’archiduc Robert, a épousé la princesse Astrid de Belgique.
Le frère d’Otto, l’archiduc Rodolphe s’est éteint il y a peu.
La succession dynastique est assurée par son fils, l’archiduc Karl et son petit-fils Ferdinand Zvonimir.
Source : Point de Vue n° 3286 semaine du 13 au 19 juillet 2011